Cela faisait bien un ou deux ans que se remarquait que la spécialisation de notre charmant village à accueillir les bargeots de tout ordre était en train de prendre une tournure carrément plus psychiatrique.
Avec l’arrivée de fous agressifs — bien plus dangereux que nos habituels gentils handicapés vaquant sans aucun problème à Roquefort depuis environ quinze ans (bien que relativement acceptés plus que réellement intégrés, puisque empêchés de voter et souvent privés de libertés…) —, il y a l’arrivée de nouveaux dingos, aussi violents que le sont déjà nos automobilistes masculinistes congénitaux locaux, c’est dire… C’est, sans rire, à la manière d’un genre d’hôpital à ciel ouvert, malgré le validisme* avoué par la majorité des résidents nés à Roquefort.
Un hôpital à ciel ouvert.
En effet, tout le monde le constate : depuis vingt ans de regroupements en lotissements, nous avons concentré — avec le foyer d’adultes handicapés, plus le centre de consultation comico-psychologique (plus la boutique à psychotropes la plus lucrative et la plus fournie qui va avec), une paroisse catholique évangéliste fréquentée par des protestants, plus un nombre important de « retraités d’office » (de la police, de la gendarmerie et de l’armée), avec la direction d’une gérontocratie municipale plus que trentenaire — donc, la plus diverse et la plus grande communauté de psychopathologies du département en une seule et même agglomération (mis à part à la Candélie, qui, elle, se trouve isolée de sa communauté et en a fait une profession).
Il faut témoigner avoir vu des primo-arrivants parler tout seuls dans la rue, porter les mêmes vêtements été comme hiver, ou même short-claquettes et lunettes de soleil sous les nuages, menacer des passants, hurler au lieu de parler, s’adresser agressivement à des personnes qui leur sont totalement inconnues… devant les caisses d’Inter, en queue de boulangerie, au tabac-journaux, etc. Parfois atteints de psychoses graves (hallucinations, tendances paranoïaques violentes ou suicidaires, schizophrénies, dédoublement de personnalité, etc.), suivies de crises d’insultes, de vandalisme du mobilier public, de jets de bouteilles, de maculation des commodités publiques, etc., sans que nos villageois (réfugiés derrière leur bien-pensance ou des préjugés moins avouables) n’interviennent jamais pour recadrer ou aider les malades en liberté. Même quand ils enfreignent les droits des plus faibles, de leurs voisins à vivre ensemble en paix, et à pouvoir jouir bourgeoisement de leur vie privée. Ce que de droit constitutionnel pour une paix sociale.
On devine que c’est parce que cette nouvelle population, au contraire des immigrés déclassés, des travailleurs précaires handicapés et des « fous du village » des décennies précédentes — qui sont tous locataires ou hébergés —, est vaguement encadrée par défaut (par des institutions employant des adolescents gardes-malades salariés sans vocation, ou des petits kapos de conviction, téléguidés par les élus qui les ont « parrainés »). Et surtout, parce que les nouveaux bargeots que nous accueillons à Roquefort sont, eux, pour la plupart propriétaires — ou le deviennent.
Ce sont les héritiers consanguins de fins de fortunes foncières, les bénéficiaires d’assurances ou d’allocations suite à la reconnaissance de leur maladie psychique ou de leur retraite, et qui viennent naturellement se secourir au terroir qui les a fait naître. Ils partagent avec les indigènes les même goûts d’attardés pour les collections de petites voitures, l’aéromodélisme, les courses de quad ou de drones au milieu des habitats, ou les journées entières passées à commérages et sur l’écran à jouer à des jeux vidéo…
Mais ce sont aussi beaucoup d’individus devenus psychotiques à la suite de prises conjointes de stéroïdes et d’anabolisants sur une longue période. Cette toxicomanie, qui devait favoriser leur production de muscles et de testostérone (body-building, sports intenses, MMA, rugby, sexualité, maltraitance au travail, compétition sociale…), leurs conditions de travail, les a conduits à abuser de psychotropes, de médicaments, leur laissant maintenant des séquelles : agressivité, manque de patience et de concentration, hyper-réactivité, paranoïa, violence, etc.
Enfin, les psychopathes locaux sont très nettement les mieux acceptés par les « normies » que les « fous étrangers ». Parce qu’ils se tutoient et s’appellent par leurs prénoms, parce qu’ils sont nés dans le village, y seront enterrés ou bien — et surtout — parce qu’ils ont de l’argent.
La question qui va se poser maintenant qu’ils sont là (indélogeables, malgré les curatelles, parce qu’ici comme ailleurs on respecte plus la propriété privée que les citoyens) : que pourra-t-on faire ? Comment organiser la vie municipale en les intégrant s’ils deviennent trop nombreux pour y « vivre ensemble normalement » (même en-dehors des situations de crises, des fêtes communales, de la présence d’enfants, de personnes âgées déficientes, etc.) et réellement pouvoir s’y soigner ? Ou si, même, ils devenaient majoritaires ?…
En tentant, encore et toujours, de nous préserver de la délinquance et de la criminalité (à cause de la consommation et du trafic de stupéfiants, d’alcool, aux résidents des foyers, puis des chantages comportant des violences liés à ces commerces, les accidents routiers, les violences conjugales, familiales, etc.) que leurs pathologies exemptent d’avance de condamnation ? **
Ce serait aussi, très clairement, de la part d’une population locale « culturellement » irrespectueuse des droits des plus pauvres et des plus faibles, un prétexte idéal pour étendre la banalisation de l’exclusion et du communautarisme.
Qu’en pensez-vous, vous-même, et de ce qui va arriver ?
*individus valides >supérieurs> individus handicapés
**Les fous ne sont pas justiciables.Y verra-t-on, sous une autre forme, le cas des « sauvageons envahissant les piscines » ?

